Faut-il ou non dire une bénédiction en voyant le pape ?

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Doit-on dire une bénédiction en voyant le Pape ?

Léon XIV est en France du 25 au 28 septembre 2026, et des milliers de personnes le verront passer dans la rue. Une occasion rare pose une question ancienne : le Talmud prévoit une bénédiction en voyant un roi, mais un pape entre-t-il dans cette catégorie ?

Entre monarque absolu du Vatican et chef d’une autre religion, la halakha n’a jamais tranché clairement ce cas précis. Voici ce que disent les sources.

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Doit-on dire une bénédiction en voyant le pape ?

Le pape Léon XIV est en France du 25 au 28 septembre 2026. À Paris, environ 2,5 km de rues sont piétonnisés le vendredi 25, en accès libre, et de nombreuses personnes le verront de leurs yeux. La visite tombe au début de Souccot, qui commence le soir du 25. Le 28 à Metz, le pape signe une déclaration commune avec les responsables des cultes, dont le grand rabbin de France Haïm Korsia.
Le Talmud prévoit une bénédiction pour celui qui voit un roi. Faut-il la dire pour un pape ?

1. La bénédiction du roi : ce que dit le Talmud

Le Talmud (Berakhot 58a) distingue deux cas.

À la vue d’un roi d’Israël, on dit

« qui a donné part à Sa gloire à ceux qui Le craignent »

(ché-‘halak mikhvodo liréav).

À la vue d’un roi des nations, on dit :

Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, ché-natan mikhvodo lé-vassar vadam.
« Béni sois-Tu… qui as donné de Ta gloire à un être de chair et de sang. »


Selon Pniné Halakha, cette bénédiction ne porte pas de jugement sur le roi, juste ou méchant. Elle exprime que la royauté appartient à D.ieu, et elle renforce notre indépendance spirituelle : la Torah passe avant les ordres du souverain.

Le Talmud raconte que Rav Chécheth, aveugle, alla voir passer le roi, et prononça la bénédiction quand le cortège fit silence. C’est de ce récit que certains décisionnaires déduisent qu’on peut bénir sans voir directement le roi, si l’on sait avec certitude qu’il est présent (Birkei Yossef, O.H. 224 ; Chaaré Techouva 224:5).

Toute la question est de savoir ce qu’est un “roi” selon la halakha

D’après le Radbaz (I, 296), la responsa de Rabbi Avraham de Narbonne (n° 32), le Maguen Avraham et la Michna Beroura (224, 12), il y a bénédiction lorsque le dirigeant :
• est considéré comme un roi dans l’ordre du gouvernement ;
• a le droit de vie ou de mort en justice ;
• ne peut être contredit par personne, ni pour ce qu’il ordonne ni pour ce qu’il interdit.
Les décisionnaires ont ensuite débattu de ce que cela devient à notre époque.

Lorsque les lauréats juifs du prix Nobel reçoivent leur récompense en présence du roi de Suède, doivent-ils réciter une bénédiction ? Découvrez deux réponses intéressantes ici.

Un chef d’État peut-il être considéré comme un roi ? Trois avis différents selon la halakha

1. On bénit un roi même sans pouvoir de mort

Ce qui compte, c’est l’autorité et l’honneur attachés à la fonction royale, et pas seulement le droit de condamner à mort. Aujourd’hui, le pouvoir de diriger un pays est considéré comme l’équivalent du pouvoir de vie et de mort d’autrefois. De plus, un chef d’État conserve souvent le droit de grâce. Pour certains décisionnaires, même sans pouvoir de gracier seul, l’honneur de la fonction suffit.
(Afarkasta De’ania 32 ; Yé’havé Da’at II, 28 ; Chévet Halévi I, 35 ; Malkhout Yéhouda vé-Israël, p. 109)

2. On ne bénit pas les dirigeants démocratiques

Les démocraties ont été conçues pour limiter le pouvoir de ceux qui gouvernent (parlement, tribunaux indépendants, mandats limités). Leurs dirigeants ne sont donc pas des « rois » au sens de la halakha. Exemple : le président américain, élu pour quatre ans.
(Qiryat ‘Hana David II, 36 ; Rivevot Ephraïm III, 540 ; Cha’ar Ha’ayin 29, au nom de Avné Yachfé 47)

3. On bénit un roi dont le titre est entouré d’un immense honneur

Les rois d’Angleterre ont très peu de pouvoir de décision, mais leur titre jouit d’un honneur considérable et leur dynastie est ininterrompue. Cela suffit, selon cet avis, pour prononcer la bénédiction.

Précision importante : Ce sont des avis de décisionnaires, pas une règle unanime. Sur les rois constitutionnels et les présidents, les opinions divergent et la pratique varie selon les communautés.

Le rav Melamed conclut qu’en pratique, il ne semble pas y avoir lieu de bénir les chefs d’États démocratiques. Il précise cependant que certains rabbins ont la coutume de bénir le président américain, le président français ou le Premier ministre britannique. Il note aussi que ce sont surtout les dirigeants au pouvoir absolu et indiscuté qui restent dans la définition.

Prononcer une bénédiction en voyant le pape : lecture des arguments

Bien qu’aucun décisionnaire rabbinique reconnu ne se soit exprimé, il est possible d’affirmer les critères existants.
Éléments qui plaident pour la bénédiction a la vue du pape

• Le pape est le souverain de la Cité du Vatican, avec un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire absolu, ce qui en fait l’unique monarque absolu d’Europe.
• La principale raison pour laquelle Pniné Halakha écarte les chefs d’État démocratiques (parlement, tribunaux, mandat limité) ne s’applique pas ici : sa fonction est à vie et son pouvoir n’est pas partagé.
• Il apparaît lors d’une visite officielle, entouré de son protocole et de ses escortes, ce que Pniné Halakha retient comme condition (le chef d’État « selon l’honneur attaché à son rang », et non en vacances ou en famille).
• L’objection du Steipler vise un dirigeant qui s’est imposé seul. Le pape, lui, est élu par un collège de cardinaux.


Éléments qui invitent à la prudence concernant la bénédiction à la vue du pape

• Son autorité sur les fidèles est surtout spirituelle, et l’éclat qui l’entoure vient largement de sa fonction religieuse.
• Son territoire est minuscule, et on peut discuter que le cas soit assimilable à celui pour lequel la bénédiction a été instituée. Le pape est le souverain de la Cité du Vatican, avec un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire absolu, ce qui en fait l’unique monarque absolu d’Europe.
• Il est chef d’une autre religion. Mais cela n’exclut pas la bénédiction en soi : Pniné Halakha rappelle que les rois de jadis étaient presque tous idolâtres et que les Sages prescrivirent la bénédiction malgré tout. Seul un roi à ce point pervers qu’il serait légitime de se révolter contre lui en est exclu (Hazon Ovadia et autres).

Questions pratiques
• Le voir de ses yeux ou seulement le cortège ? Voir le cortège et les honneurs peut suffire pour certains, à condition de savoir avec certitude qu’il est présent
• Le revoir. Selon le Séfer ‘Hassidim et la Michna Beroura (224, 13), il n’y a pas de mitsva à revoir un roi déjà vu, sauf s’il vient avec une suite encore plus honorable. Certains ajoutent qu’au bout de trente jours, la bénédiction se répète (Pniné Halakha 15, 20).
• La croix. Le Terouma Hadéchen (§196) discute de la conduite face à un dignitaire chrétien portant une croix, et recommande de détourner les yeux autant que possible. C’est une question distincte, à poser à son rabbin.
• Chabbat et Yom Tov. Le pape est à Paris le vendredi 25 et le samedi 26, en pleine fête. Le Ktav Sofer (O.H. 37) n’a pas permis de porter un rouleau de la Torah en public, un Chabbat sans erouv, pour accueillir un roi. La mitsva de voir un roi ne suspend donc pas les règles de Chabbat et de fête.
• Assister à une messe. La bénédiction concerne le fait de voir le pape dans la rue, pas de participer à une cérémonie chrétienne. Cette dernière question relève d’un autre débat.

Bénir ou pas le Pape : que conclure ?

La bénédiction prononcée en présence d’un souverain ne s’adresse pas à lui, mais à D.ieu. La bénédiction s’adresse toujours à Dieu, jamais à la personne que l’on voit.

« Baroukh Ata Ado-naï… chénatan mikvodo lebassar vadam » « Béni sois-Tu, Éternel, qui as donné de Sa gloire à une chair et un sang ».

On remercie D.ieu d’avoir accordé à un être humain une part d’honneur et de grandeur, et l’on reconnaît que cet honneur vient de Lui. Par elle, nous ne rendons pas hommage à la personne, nous remercions le Créateur d’avoir accordé une part de Sa gloire à un être de chair et de sang, et de nous avoir permis de le voir. C’est donc l’Éternel que nous bénissons, source de tout honneur et de toute autorité.

Cela explique le sens de la bénédiction, mais ne règle pas la question de savoir à qui elle s’applique. Pour le pape, la plupart des décisionnaires estiment qu’il n’entre pas dans la catégorie du « roi » au sens halakhique, car c’est un chef religieux et non un souverain doté du pouvoir de vie et de mort. Certains discutent de son statut de chef d’État du Vatican.

Si le doute persiste, il est conseillé de s’adresser à une autorité rabbinique pour obtenir une réponse satisfaisante.
Sources
1. Talmud de Babylone, Berakhot 58a
2. Choul’han Aroukh, Orah ‘Haïm 224 (§8-9)
3. Michna Beroura 224:12-13 ; Chaaré Techouva 224:5
4. Radbaz I, 296 ; Responsa de Rabbi Avraham b. Yitzhak de Narbonne, n° 32 ; Maguen Avraham 224
5. Séfer ‘Hassidim (sur le fait de revoir un roi)
6. Rabbi Haïm Palagi, Lev ‘Haïm III, 55 ; Kaf Ha’haïm 224:29 ; ‘Hazon Ovadia, Berakhot, p. 411-412 (rois impies)
7. Pour la bénédiction sur un chef d’État actuel : Afarkasta De’ania 32 ; Yé’havé Da’at II, 28 ; Chévet Halévi I, 35 ; Malkhout Yéhouda vé-Israël p. 109
8. Contre : Qiryat ‘Hana David II, 36 ; Rivevot Ephraïm III, 540 ; Cha’ar Ha’ayin 29 ; Avné Yachfé 47
9. Hachoukei ‘Hémed, Kétoubot 51b (avis du Kehilot Yaakov, cas du Kaiser)
10. Terouma Hadéchen §196 ; Ktav Sofer O.H. 37
11. Rav Éliézer Melamed, Pniné Halakha, Bénédictions, ch. 15, §19-20 (ph.yhb.org.il/fr)
Sources d’actualité : Conférence des évêques de France (pape-france.fr) ; franceinfo (rencontre interreligieuse de Metz).

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