Le Shabbat est souvent présenté comme un « jour de repos ». Pourtant, dans la tradition juive, ce repos ne signifie pas seulement arrêter de travailler au sens moderne du terme. Il s’agit surtout de cesser certaines actions précises, appelées melakhot (מלאכות). Ces melakhot sont au nombre de 39, et elles définissent ce qui est interdit pendant Shabbat.
- Que signifie exactement « melakha » ?
- Pourquoi 39 melakhot et pas plus ?
- Les melakhot liées à la nourriture et à l’agriculture (1 à 11)
- 1. Semer (Zorea)
- 2. Labourer (Choresh)
- 3. Récolter (Kotzer)
- 4. Rassembler les gerbes (Me’amer)
- 5. Battre (Dosh)
- 6. Vanner (Zoreh)
- 7. Trier (Borer)
- 8. Moudre (Tochen)
- 9. Tamiser (Meraked)
- 10. Pétrir (Lash)
- 11. Cuire (Ofeh / Bishoul)
- Les melakhot liées aux vêtements et tissus (12 à 24)
- 12. Tondre (Gozez)
- 13. Blanchir / laver (Melaben)
- 14. Carder (Menapetz)
- 15. Teindre (Tzovea)
- 16. Filage (Toveh)
- 17. Monter la chaîne (Meysakh)
- 18. Faire deux boucles (Oseh Shtei Batei Nirin)
- 19. Tisser (Oreg)
- 20. Séparer des fils (Potzea)
- 21. Nouer (Kosher)
- 22. Dénouer (Matir)
- 23. Coudre (Tofer)
- 24. Déchirer pour recoudre (Korea)
- Les melakhot liées à l’écriture et à la construction (25 à 33)
- 25. Capturer (Tzad)
- 26. Abattre (Shohet)
- 27. Dépecer (Mafshit)
- 28. Saler (Me’abed)
- 29. Tanner (Me’abed)
- 30. Gratter / polir (Memachek)
- 31. Couper à mesure (Mechatekh)
- 32. Écrire (Kotev)
- 33. Effacer pour écrire (Mochek)
- Les melakhot liées au feu et à la fabrication (34 à 37)
- Les melakhot liées à la finition et au transport (38 à 39)
- Les melakhot dans la vie moderne : pourquoi l’électricité est un problème ?
- L’esprit des melakhot : pourquoi Shabbat est une révolution spirituelle
- Comprendre les 39 melakhot pour mieux vivre Shabbat
- 🕯️ Shabbat : comprendre, pratiquer et approfondir
- Les 39 melakhot (catégories de travaux interdits le Shabbat) expliquées simplement
- Shabbat : le guide complet pour débuter (règles, horaires, repas et rituels)
- Havdala : comment la faire correctement (et ce qu’elle signifie)
- Pourquoi deux Hallots sur la table de Shabbat ? Origine biblique et symbolique spirituelle
- Kiddouch : texte, traduction, sens profond et erreurs fréquentes à éviter
- Allumage des bougies de Shabbat : bénédiction, heure et signification
Pour un débutant, cette liste peut sembler complexe, voire déroutante : pourquoi écrire est-il interdit ? Pourquoi allumer une lumière est-il considéré comme une melakha ? Et pourquoi certaines actions anodines deviennent-elles problématiques ?
En réalité, les 39 melakhot ne sont pas une série d’interdictions arbitraires : elles sont issues de la Torah et de l’interprétation rabbinique, et elles représentent une idée forte : pendant Shabbat, l’homme renonce temporairement à sa domination sur le monde matériel.
Ce guide explique les 39 melakhot de manière claire, simple, et surtout avec des exemples concrets.
Que signifie exactement « melakha » ?
Le mot melakha ne signifie pas « effort » ou « fatigue ». Il désigne plutôt un travail créatif, une action qui transforme le monde ou produit quelque chose de nouveau.
Ainsi, porter une chaise lourde dans une maison n’est pas forcément une melakha, tandis qu’écrire un seul mot sur un papier en est une.
Les Sages ont établi la liste des 39 melakhot en s’appuyant sur un passage central : les travaux nécessaires à la construction du Mishkan (Tabernacle) dans le désert. Tout ce qui était requis pour bâtir ce sanctuaire sert de modèle pour définir ce qu’il faut suspendre pendant Shabbat.
Pourquoi 39 melakhot et pas plus ?
La tradition rabbinique déduit ces 39 catégories de travaux de la Torah, notamment des passages liés au Mishkan. Elles sont considérées comme des catégories générales : chacune contient de nombreuses sous-interdictions et dérivés (toladot).
Autrement dit, les 39 melakhot sont comme 39 familles, dont découlent des centaines de cas pratiques.
Les melakhot liées à la nourriture et à l’agriculture (1 à 11)
Ces melakhot correspondent aux étapes nécessaires pour produire du pain ou des aliments.
1. Semer (Zorea)
Exemple : planter des graines, arroser une plante pour la faire pousser.
2. Labourer (Choresh)
Exemple : retourner la terre, creuser dans un jardin.
3. Récolter (Kotzer)
Exemple : cueillir une pomme, arracher une herbe.
4. Rassembler les gerbes (Me’amer)
Exemple : ramasser des fruits tombés pour les mettre en tas.
5. Battre (Dosh)
Exemple : extraire des grains de leur enveloppe.
6. Vanner (Zoreh)
Exemple : séparer une matière légère d’une matière lourde (comme le vent qui sépare balle et grain).
7. Trier (Borer)
Exemple : trier des aliments, enlever des noyaux ou sélectionner une partie d’un mélange.
Important : certaines formes de tri sont permises selon des règles strictes.
8. Moudre (Tochen)
Exemple : broyer des épices, râper des légumes.
9. Tamiser (Meraked)
Exemple : utiliser une passoire fine ou un tamis pour séparer.
10. Pétrir (Lash)
Exemple : mélanger farine et eau pour former une pâte.
11. Cuire (Ofeh / Bishoul)
Exemple : cuire sur une plaque, faire bouillir, réchauffer un plat liquide.
Les melakhot liées aux vêtements et tissus (12 à 24)
Ces melakhot viennent du processus de fabrication de textiles.
12. Tondre (Gozez)
Exemple : couper des cheveux ou une barbe.
13. Blanchir / laver (Melaben)
Exemple : laver un vêtement, essorer un tissu humide.
14. Carder (Menapetz)
Exemple : peigner la laine ou les fibres.
15. Teindre (Tzovea)
Exemple : colorer un tissu ou peindre une surface.
16. Filage (Toveh)
Exemple : transformer des fibres en fil.
17. Monter la chaîne (Meysakh)
Préparer un métier à tisser.
18. Faire deux boucles (Oseh Shtei Batei Nirin)
Étape technique du tissage.
19. Tisser (Oreg)
Exemple : tricoter, crocheter.
20. Séparer des fils (Potzea)
Exemple : défaire un tissu.
21. Nouer (Kosher)
Exemple : faire un nœud solide (différent d’un simple nœud temporaire).
22. Dénouer (Matir)
Exemple : défaire un nœud permanent.
23. Coudre (Tofer)
Exemple : recoudre un bouton, réparer un tissu.
24. Déchirer pour recoudre (Korea)
Exemple : déchirer volontairement un tissu pour le réparer.
Les melakhot liées à l’écriture et à la construction (25 à 33)
Ces interdictions sont très visibles dans la vie moderne.
25. Capturer (Tzad)
Exemple : attraper un insecte ou enfermer un animal.
26. Abattre (Shohet)
Exemple : tuer un animal.
27. Dépecer (Mafshit)
Exemple : retirer la peau.
28. Saler (Me’abed)
Exemple : saler pour conserver, traiter une peau.
29. Tanner (Me’abed)
Exemple : transformer une peau brute en cuir.
30. Gratter / polir (Memachek)
Exemple : lisser une surface.
31. Couper à mesure (Mechatekh)
Exemple : découper du papier précisément, couper un tissu à une taille exacte.
32. Écrire (Kotev)
Exemple : écrire un mot, taper sur un clavier, envoyer un SMS.
33. Effacer pour écrire (Mochek)
Exemple : gommer une phrase pour la remplacer.
Les melakhot liées au feu et à la fabrication (34 à 37)
34. Construire (Boneh)
Exemple : monter un meuble, fixer une étagère, assembler solidement.
35. Détruire (Soter)
Exemple : démonter une structure dans un but constructif.
36. Éteindre (Mechabeh)
Exemple : éteindre une bougie, couper un circuit électrique.
37. Allumer (Mav’ir)
Exemple : allumer un feu, activer une lumière, démarrer une voiture.
Les melakhot liées à la finition et au transport (38 à 39)
38. Donner le dernier coup (Makeh BePatish)
C’est l’action de finaliser un objet.
Exemple : terminer une réparation, ajuster une vis, activer un appareil neuf pour la première fois.
39. Transporter (Hotza’ah)
Exemple : porter un objet dans un espace public sans érouv.
Cela inclut : porter un téléphone dans la rue, déplacer une clé hors d’une zone autorisée.
Les melakhot dans la vie moderne : pourquoi l’électricité est un problème ?
Beaucoup de questions modernes tournent autour de l’électricité. Dans la halakha, l’usage de l’électricité est souvent associé à plusieurs melakhot possibles : allumer (Mav’ir), construire (Boneh), finaliser (Makeh BePatish) ou créer un circuit.
C’est pourquoi, dans la pratique traditionnelle :
- on n’allume pas les lumières
- on n’utilise pas téléphone et ordinateur
- on évite de conduire
- on n’utilise pas d’appareils électroménagers
L’esprit des melakhot : pourquoi Shabbat est une révolution spirituelle
Le point essentiel est que Shabbat n’est pas une punition, mais une libération. Suspendre ces actions, c’est accepter que le monde n’a pas besoin d’être constamment transformé ou contrôlé.
Le Shabbat rappelle chaque semaine une idée fondamentale : l’homme n’est pas maître absolu du temps, ni de la matière. Il existe une dimension supérieure, un espace où la vie ne se mesure pas en production.
Ainsi, même si les 39 melakhot semblent techniques, elles créent une atmosphère unique : silence, paix, famille, prière et joie.
Comprendre les 39 melakhot pour mieux vivre Shabbat
Comprendre les 39 melakhot, c’est comprendre la structure même du Shabbat. Ces catégories donnent un cadre, mais elles permettent surtout de créer un espace sacré où l’on cesse d’être un « fabricant » pour redevenir simplement un être humain.
Pour débuter, il n’est pas nécessaire de tout maîtriser. Mais connaître ces grandes catégories permet de comprendre pourquoi le Shabbat est si différent, et pourquoi il traverse les siècles comme un symbole de résistance spirituelle face à la modernité.
🕯️ Shabbat : comprendre, pratiquer et approfondir
-
Kiddouch : texte, traduction, sens profond et erreurs fréquentes à éviter






