Ticha BeAv : les règles, les interdictions et le déroulement du jeûne

Le siège et la destruction de Jérusalem par les Romains sous le commandement de Titus, en l’an 70. Œuvre attribuée à David Roberts.

Ticha BeAv est le principal jour de deuil collectif du calendrier juif. Observé le 9 du mois d’av, il commémore notamment la destruction des deux Temples de Jérusalem.

Le jeûne dure environ vingt-cinq heures, du coucher du soleil à la tombée de la nuit du lendemain. Il s’accompagne de plusieurs interdictions destinées à réduire le confort personnel et à créer une atmosphère comparable à celle du deuil.

Que peut-on manger avant le jeûne ? Peut-on se laver, travailler ou se brosser les dents ? Pourquoi ne porte-t-on pas de chaussures en cuir ? Quelles prières sont récitées à la synagogue ? Voici les principales règles de Ticha BeAv.

Les usages peuvent différer selon les communautés séfarades, ashkénazes et les décisions des autorités rabbiniques. En cas de maladie, de grossesse ou de traitement médical, un avis médical et rabbinique personnalisé est indispensable.

Quand commence et quand se termine Ticha BeAv ?

Comme les autres dates du calendrier hébraïque, Ticha BeAv commence la veille au coucher du soleil.

Le jeûne débute donc avant la nuit du 9 av et s’achève le lendemain à la tombée complète de la nuit. Il dure généralement près de vingt-cinq heures.

En 2026, Ticha BeAv commence le mercredi 22 juillet au coucher du soleil et s’achève le jeudi 23 juillet à la tombée de la nuit. Les heures exactes varient selon la ville et doivent être vérifiées dans un calendrier communautaire local.

Contrairement aux jeûnes mineurs, qui commencent à l’aube, Ticha BeAv débute dès le coucher du soleil. Sa durée et plusieurs de ses restrictions le rapprochent ainsi de Yom Kippour, même si la signification des deux journées est différente.

Pour comprendre l’origine de cette journée : Ticha BeAv, pourquoi le 9 av est-il le jour le plus triste du calendrier juif ?

Quelles sont les cinq principales interdictions ?

Cinq restrictions caractérisent traditionnellement Ticha BeAv :

  • manger et boire ;
  • se laver pour le plaisir ;
  • s’enduire de crèmes, d’huiles ou de parfums ;
  • porter des chaussures en cuir ;
  • avoir des relations conjugales.

Ces interdictions ne sont pas destinées à mettre la santé en danger. Elles expriment le deuil et la diminution volontaire du confort.

À ces cinq règles s’ajoutent différents usages : s’asseoir sur le sol ou sur un siège bas, éviter les salutations ordinaires, limiter l’étude de la Torah et renoncer aux activités considérées comme distrayantes.

Peut-on manger avant le début du jeûne ?

Il est permis de manger avant le coucher du soleil. Toutefois, le dernier repas pris avant le jeûne, appelé seoudat hamafseket, possède un caractère particulier.

Traditionnellement, ce repas est simple et peu abondant. Dans de nombreuses communautés, on mange un œuf dur, aliment associé au deuil. Certains trempent l’œuf ou du pain dans des cendres afin de rappeler la destruction du Temple.

Lorsque ce repas est pris dans les conditions traditionnelles de la seoudat hamafseket, on évite généralement de consommer plusieurs plats cuisinés et l’on ne mange pas en groupe dans une atmosphère conviviale. Les détails varient toutefois selon le calendrier, notamment lorsque la veille de Ticha BeAv tombe un chabbat.

Il est recommandé de bien s’hydrater au cours de la journée précédant le jeûne, sans attendre le dernier moment.

Qui est dispensé de jeûner ?

La préservation de la santé demeure prioritaire.

Une personne malade, fragile ou exposée à un risque médical ne doit pas décider seule de jeûner intégralement. Elle doit consulter son médecin et une autorité rabbinique connaissant sa situation.

Une dispense totale ou partielle peut notamment être envisagée pour :

  • les personnes souffrant d’une maladie aiguë ou chronique ;
  • celles qui doivent prendre certains médicaments ;
  • les personnes âgées particulièrement fragiles ;
  • les femmes enceintes ou venant d’accoucher ;
  • les personnes exposées à un risque de déshydratation ;
  • les enfants n’ayant pas atteint l’âge religieux des commandements.

La réponse dépend de la nature du problème médical et de la tradition suivie. Une personne autorisée à manger ou à boire pour protéger sa santé n’accomplit pas une faute : elle applique la décision correspondant à sa situation.

En présence de vertiges importants, d’un malaise, d’une confusion, de douleurs inhabituelles ou de signes de déshydratation, il faut interrompre le jeûne et demander un avis médical.

Les enfants doivent-ils jeûner ?

Les jeunes enfants ne jeûnent pas pendant toute la durée de Ticha BeAv.

Les modalités d’apprentissage progressif varient selon leur âge, leur état de santé et les coutumes familiales. Certains enfants plus âgés peuvent retarder un repas ou s’abstenir de friandises, mais ils ne doivent pas être placés en difficulté.

L’éducation à Ticha BeAv ne passe pas uniquement par la privation de nourriture. Elle peut également prendre la forme d’un récit adapté sur Jérusalem, d’une réduction des loisirs ou d’une participation partielle aux prières.

Peut-on boire de l’eau pendant Ticha BeAv ?

Une personne tenue de jeûner ne boit normalement pas, même de l’eau.

Toutefois, une personne malade ou présentant un risque médical peut être autorisée à boire, selon les instructions reçues. Il ne faut jamais se mettre en danger pour poursuivre le jeûne.

Les règles applicables à une personne autorisée à boire peuvent varier. Dans certaines situations, elle boira seulement la quantité nécessaire ; dans d’autres, elle pourra boire normalement. La décision doit être prise avec un médecin et une autorité rabbinique.

Peut-on prendre des médicaments ?

La réponse dépend du médicament, de la maladie et de la nécessité éventuelle de l’accompagner d’eau ou de nourriture.

Certains médicaments peuvent être pris sans eau. D’autres nécessitent une hydratation ou un repas afin d’éviter des effets indésirables. Il ne faut pas suspendre un traitement important sans avis médical.

La question doit idéalement être réglée avant le début du jeûne. Le médecin détermine ce qui est nécessaire sur le plan médical ; l’autorité rabbinique explique ensuite comment respecter au mieux les règles de Ticha BeAv sans compromettre la santé.

Peut-on se laver les mains ?

Il est interdit de se laver pour le plaisir, mais il est permis d’enlever une saleté ou de respecter une nécessité d’hygiène.

Au réveil, le lavage rituel des mains est généralement effectué en versant l’eau seulement jusqu’aux articulations des doigts, selon l’usage suivi. Après être allé aux toilettes, on peut également se laver les doigts de la manière requise.

Lorsqu’une partie du corps est réellement sale, elle peut être nettoyée. L’interdiction concerne avant tout la toilette destinée au confort ou au plaisir.

Les professionnels de santé, les personnes travaillant avec des aliments et toute personne soumise à des règles sanitaires peuvent se laver les mains autant que nécessaire.

Peut-on prendre une douche ?

Une douche de confort n’est normalement pas prise pendant Ticha BeAv.

Une toilette limitée peut toutefois être permise lorsqu’elle est nécessaire pour enlever une saleté, éviter un problème de santé ou respecter une obligation professionnelle d’hygiène.

En période de forte chaleur, une personne fragile ou présentant un risque médical doit demander conseil. La protection de la santé ne doit jamais être négligée.

Peut-on se brosser les dents ?

Le brossage des dents pendant Ticha BeAv fait l’objet de pratiques différentes.

Certains l’évitent totalement. D’autres l’autorisent en cas de gêne importante, à condition d’utiliser très peu d’eau, de garder la tête inclinée vers le bas et de veiller à ne rien avaler.

Une personne qui sait qu’elle éprouvera une difficulté particulière doit demander à son rabbin quelle conduite suivre selon sa tradition.

Peut-on utiliser du déodorant ou une crème ?

L’utilisation de produits destinés au plaisir et au confort, comme les parfums, les huiles et certaines crèmes, est généralement évitée.

Un produit peut toutefois être utilisé pour traiter une affection, protéger une plaie ou répondre à une véritable nécessité médicale ou hygiénique.

Le déodorant, notamment lorsqu’il est employé pour éviter une odeur désagréable plutôt que pour se parfumer, est autorisé par certaines autorités et limité par d’autres. Les usages communautaires diffèrent sur ce point.

Pourquoi ne porte-t-on pas de chaussures en cuir ?

Les chaussures en cuir étaient traditionnellement considérées comme des chaussures solides, confortables et valorisantes.

Pendant Ticha BeAv, on porte donc des chaussures en toile, en tissu, en caoutchouc ou en matière synthétique. L’objectif n’est pas de marcher pieds nus ni de se blesser, mais de renoncer à une forme habituelle de confort.

Une personne qui a besoin de chaussures médicales ou de protection pour éviter une blessure doit privilégier sa sécurité et demander conseil si ces chaussures contiennent du cuir.

Peut-on travailler pendant Ticha BeAv ?

Ticha BeAv n’est pas soumis aux interdictions de travail du chabbat ou des fêtes bibliques. Il est donc permis de travailler au sens strict.

Cependant, le travail est traditionnellement évité ou réduit, particulièrement pendant la matinée, afin de préserver l’atmosphère de deuil. Les usages dépendent des communautés et des contraintes professionnelles.

Une personne qui doit se rendre au travail peut le faire. Elle essaiera, dans la mesure du possible, de limiter les distractions, les conversations légères et les activités festives.

Peut-on conduire une voiture ?

Il est permis de conduire, car Ticha BeAv ne comporte pas les interdictions du chabbat.

La prudence est néanmoins essentielle. Le jeûne peut provoquer fatigue, maux de tête, baisse de concentration ou vertiges. Une personne qui ne se sent pas capable de conduire en sécurité ne doit pas prendre le volant.

Peut-on utiliser son téléphone, Internet ou regarder la télévision ?

Il n’existe pas d’interdiction technique comparable à celle du chabbat.

Cependant, les divertissements, les réseaux sociaux, les jeux, les films et les contenus légers sont contraires à l’esprit de la journée. Ticha BeAv doit rester consacré au deuil, à la prière, à la mémoire et à la réflexion.

L’utilisation d’un téléphone pour travailler, communiquer avec un proche, consulter les horaires ou étudier un texte approprié n’a pas la même signification qu’une utilisation destinée au divertissement.

Pourquoi l’étude de la Torah est-elle restreinte ?

La Torah est décrite comme une source de joie. Son étude ordinaire est donc limitée durant Ticha BeAv.

Il est néanmoins permis d’étudier les textes correspondant à l’atmosphère du jour, notamment :

  • la Meguilat Eikha ;
  • le livre de Job ;
  • certains passages du prophète Jérémie ;
  • les récits talmudiques de la destruction ;
  • les règles du deuil ;
  • les Kinot et leurs commentaires.

L’objectif n’est pas d’interrompre toute réflexion religieuse, mais d’orienter l’étude vers la destruction, la souffrance, le repentir et la réparation.

Que lit-on le soir de Ticha BeAv ?

Après la prière du soir, la communauté lit la Meguilat Eikha, ou Livre des Lamentations.

Attribué traditionnellement au prophète Jérémie, le texte décrit la solitude de Jérusalem après sa destruction, la souffrance de ses habitants et l’effondrement de la vie nationale.

La lecture est faite sur une mélodie particulière, lente et plaintive. Les lumières de la synagogue sont souvent tamisées. Les fidèles s’assoient sur le sol ou sur des sièges bas, comme pendant une période de deuil.

Des Kinot, poèmes de lamentation, sont également récités le soir et surtout le lendemain matin.

Que sont les Kinot ?

Les Kinot sont des poèmes liturgiques consacrés aux catastrophes de l’histoire juive.

Les plus anciens évoquent principalement la destruction des Temples et de Jérusalem. D’autres ont été composés après les croisades, les massacres de communautés ou différentes persécutions.

Certaines communautés ont ajouté des textes consacrés à la Shoah ou à d’autres tragédies contemporaines.

La récitation des Kinot montre que Ticha BeAv ne commémore pas une seule catastrophe. Cette journée est devenue le cadre liturgique général du deuil historique du peuple juif.

Pourquoi s’assoit-on par terre ?

Les personnes en deuil s’assoient traditionnellement sur le sol ou sur un siège bas.

Ce geste est repris pendant Ticha BeAv, généralement depuis le début de la soirée jusqu’à la mi-journée du lendemain. Les horaires et les pratiques exactes varient selon les communautés.

Les personnes âgées, enceintes, malades ou souffrant du dos ne doivent pas adopter une position dangereuse. Elles peuvent utiliser un siège adapté.

Porte-t-on les téfilines le matin ?

Dans de nombreuses communautés ashkénazes, les téfilines ne sont pas portées pendant l’office du matin. Elles sont mises à Minha, l’office de l’après-midi.

Plusieurs communautés séfarades suivent d’autres usages et peuvent les porter le matin, parfois discrètement ou selon un ordre particulier.

Cette différence rappelle l’importance de suivre la coutume de sa communauté et les indications de son rabbin.

Peut-on saluer quelqu’un pendant Ticha BeAv ?

Les salutations ordinaires sont traditionnellement évitées, car elles expriment la convivialité et le bien-être.

Si une personne qui ignore cet usage adresse une salutation, il est possible de lui répondre avec sobriété afin de ne pas l’humilier.

Les échanges nécessaires restent naturellement permis. Il s’agit de réduire les marques de légèreté, non de créer des tensions ou de manquer de respect.

Quand peut-on recommencer à manger ?

Le jeûne prend fin à la tombée de la nuit, après l’heure indiquée pour la ville concernée.

Il est préférable de recommencer à manger progressivement, notamment après une journée chaude. On peut d’abord boire, puis prendre un repas léger plutôt que de consommer immédiatement des aliments très gras ou très abondants.

Une personne qui ressent un malaise important ne doit pas attendre l’heure de fin sans avis médical.

Toutes les restrictions cessent-elles avec le jeûne ?

Certaines pratiques de deuil peuvent se prolonger jusqu’au lendemain, le 10 av, car l’incendie du Temple s’est poursuivi pendant cette journée.

Selon les communautés, on attend donc une partie de la journée du 10 av avant de manger de la viande, boire du vin, écouter de la musique, se laver pour le plaisir ou laver du linge.

Lorsque le calendrier est particulier, notamment si Ticha BeAv est repoussé du chabbat au dimanche, les règles peuvent être différentes.

Que faire lorsque Ticha BeAv tombe un chabbat ?

Le jeûne public n’est pas observé pendant le chabbat. Lorsque le 9 av tombe un samedi, le jeûne est repoussé au dimanche.

Le chabbat lui-même conserve son caractère habituel. On mange et l’on boit normalement, y compris au troisième repas. Les manifestations publiques de deuil ne commencent qu’à la fin du chabbat.

La transition entre le chabbat et Ticha BeAv comporte alors plusieurs règles particulières concernant la Havdala, les chaussures et le début des prières. Il faut consulter les horaires et les instructions publiés pour l’année concernée.

Comment donner un sens personnel à Ticha BeAv ?

Les interdictions ne sont pas une fin en elles-mêmes.

Se priver de nourriture tout en passant la journée dans les distractions ferait perdre une grande partie de sa signification au jeûne. Ticha BeAv invite à réfléchir à la destruction, mais aussi aux comportements qui fragilisent une communauté : la haine, l’humiliation, l’injustice et les divisions.

La journée peut être consacrée à la lecture d’Eikha, à l’étude de l’histoire juive, à la récitation des Kinot et à une réflexion sur Jérusalem.

Le jeûne rappelle les catastrophes du passé. La manière dont il est vécu doit aussi contribuer à prévenir les destructions du présent.

C’est pourquoi Ticha BeAv ne s’achève pas sur une simple évocation de la souffrance. Il porte également l’espoir d’une consolation, d’une réconciliation et d’une reconstruction.

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