Qui est Yuli Edelstein, l’ancien prisonnier du KGB devenu président de la Knesset ?

Jean-serge LUBECK
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les ephemerides du calendrier juif

Il y a des retours qui valent tous les discours. Le 28 juin 2017, Yuli Edelstein, président de la Knesset pousse à nouveau la porte de la prison de Butyrka, à Moscou. La même porte qu’il avait franchie trente-trois ans plus tôt, en 1984, menotté, accusé d’un crime qui résume à lui seul l’absurdité du régime soviétique : avoir enseigné l’hébreu à des Juifs qui voulaient émigrer en Israël.
Butyrka n’est pas une prison ordinaire. Fondée au XVIIIe siècle, elle fut l’une des principales antichambres du Goulag stalinien. Des centaines de milliers de détenus y ont transité avant d’être envoyés mourir dans les camps de Sibérie. En 1984, Edelstein y passe trois mois dans des conditions d’isolement et d’intimidation conçues pour briser les récalcitrants. Il n’est pas brisé.
Son crime officiel : possession de drogues. Accusation fabriquée de toutes pièces par le KGB, procédé classique utilisé contre les refuzniks — ces Juifs soviétiques à qui les autorités refusaient le visa de sortie et qui, en retour, organisaient une résistance culturelle clandestine. Enseigner l’hébreu était subversif : c’était maintenir vivant le lien avec Israël, avec le sionisme, avec une identité que le régime soviétique cherchait méthodiquement à étouffer.


Yuli Edelstein : du goulag sibérien à la présidence de la Knesset

Condamné, Edelstein est envoyé en Sibérie. Il y passe plus de deux ans dans des conditions de détention éprouvantes — le froid, le travail forcé, l’isolement, la surveillance constante. Mais la pression internationale monte. Les organisations juives américaines, le gouvernement israélien, plusieurs gouvernements occidentaux plaident sa cause. Il est libéré en mai 1987, dans le contexte de la glasnost gorbatchévienne qui commence à desserrer l’étau soviétique sur les refuzniks.
Dès sa libération, Edelstein émigre en Israël — accomplissant enfin l’aliyah pour laquelle il avait tout risqué. Il apprend l’hébreu qu’il enseignait déjà clandestinement, s’intègre dans la société israélienne, entre en politique. Sa trajectoire est fulgurante : membre de la Knesset, plusieurs fois ministre, il accède à la présidence du parlement israélien en 2013, poste qu’il occupera jusqu’en 2020 — devenant ainsi l’un des personnages les plus emblématiques de l’État hébreu.
Son retour à Butyrka en 2017 n’est pas une visite touristique. C’est un acte politique et mémoriel d’une densité rare. L’homme qui fut incarcéré dans ces murs pour avoir voulu être juif librement y revient en représentant officiel de l’État juif, à la tête de l’institution législative la plus haute d’Israël. Le symbole est total et vertigineux.
L’histoire d’Edelstein est celle de centaines de milliers de Juifs soviétiques — les refuzniks, les prisonniers de Sion — dont la résistance silencieuse et obstinée aura finalement eu raison d’un empire. Elle rappelle que l’État d’Israël n’est pas seulement une construction politique : il est, pour beaucoup, l’aboutissement d’une lutte personnelle menée au prix de la liberté.

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