Depuis plusieurs semaines, un long texte attribué à Woody Allen circule massivement sur les réseaux sociaux. Humour juif, autodérision, psychanalyse, New York, antisémitisme : tout semble porter la signature du célèbre cinéaste.
À un détail près : Woody Allen n’en est pas l’auteur.
Ce texte, devenu viral sous son nom, est en réalité un pastiche écrit par Rami Yudovin, publié en russe le 14 mai 2026. Son ton est si convaincant que des milliers de lecteurs l’ont partagé comme s’il s’agissait d’une véritable prise de parole de Woody Allen.

Le texte attribué à Woody Allen qui circule sur les réseaux sociaux
Voici le texte qui a trompé tant de monde.
« Vous savez, j’ai toujours pensé que le plus grand avantage de New York, c’est qu’on peut y être névrosé sans que personne ne le remarque.
Dans les autres villes, si vous vous parlez à vous-même, on vous envoie chez un psychiatre. À Manhattan, on vous propose une chronique dans un magazine.
Hier, je suis allé acheter du saumon.
D’ailleurs, c’est probablement la seule tradition juive stable qui ait survécu à Babylone, à Rome et à mes relations avec les femmes.
Je marchais dans les rues de Brooklyn en pensant à la mort. Pas parce que je suis philosophe — mais parce que j’ai déjà plus de quatre-vingt-dix ans, alors qu’à l’origine j’avais prévu de m’arrêter à soixante-dix.
Et soudain — une foule devant une synagogue.
Au début, j’ai cru qu’un psychanalyste célèbre s’y produisait. À New York, les gens sont capables de faire la queue pendant des heures juste pour entendre pourquoi leur mère est responsable de tout.
Même si, à vrai dire, les Juifs le savent déjà sans conférence.
Mais non. Ils criaient quelque chose à propos de “l’intifada”.
Et vous savez ce qui m’a le plus étonné ? L’énergie de ces gens. D’où la sortent-ils ?
Moi, après deux étages d’escaliers, je veux déjà rédiger mon testament, et eux sont prêts pour une révolution avant même d’avoir bu un vrai café.
Quelqu’un criait quelque chose sur la “décolonisation”.
Mon Dieu. Quand j’étais jeune, la “colonisation”, c’était tante Frieda qui squattait notre canapé pendant trois mois et refusait de partir. Aujourd’hui, c’est devenu un complot sioniste.
Globalement, l’antisémitisme moderne est devenu beaucoup plus intellectuel.
Avant, on nous détestait simplement. Directement.
Aujourd’hui, non.
Aujourd’hui, un type avec une écharpe, qui a l’air d’écrire des poèmes sur sa propre barbe, t’explique avec Heidegger et Nietzsche pourquoi la simple existence des Juifs constitue une forme de violence et une menace pour l’humanité.
Et moi, je restais là à penser : autrefois, au moins, ceux qui nous frappaient n’avaient pas de diplôme universitaire.
Aujourd’hui, les pogromistes arrivent avec des diplômes de Columbia.
Puis une fille à côté de moi a dit : “Nous sommes contre le sionisme, pas contre les Juifs.”
C’est comme quand mon ex-femme disait : “Je n’ai rien contre toi. Je suis juste contre tout ce que tu dis, fais, ressens — et surtout contre le fait de coucher avec toi.”
Le sens reste le même.
Puis quelqu’un a crié : “Les sionistes sont des nazis !”
À cet instant, j’ai eu l’impression que ma grand-mère se retournait dans sa tombe si vite qu’elle aurait pu fournir de l’électricité à la moitié du Queens.
D’ailleurs, ma grand-mère a connu de vrais nazis.
Elle s’est cachée dans une cave en Pologne avec un homme qui toussait si fort que les Allemands auraient pu les retrouver rien qu’au bruit de ses bronches.
Et aujourd’hui, un étudiant d’une université prestigieuse, dont le plus grand traumatisme a été un café froid chez Starbucks, m’explique ce qu’est le fascisme.
Vraiment, je vis une époque extraordinaire.
Aujourd’hui, tout le monde parle comme s’il avait avalé par erreur une bibliothèque universitaire.
Plus personne ne dit : “Excusez-moi, je suis un idiot.”
Non. Aujourd’hui, on dit : “Je déconstruis le récit hégémonique.”
Écoutez, j’ai grandi parmi des Juifs.
Nous, on ne déconstruit pas les récits. On crée des récits.
Je suis rentré chez moi et j’ai allumé la télévision — parce que si vous êtes anxieux, regarder la télévision semble évidemment être une excellente idée.
C’est un peu comme soigner l’alcoolisme avec un martini sur glace.
Et là, Roger Waters expliquait encore le monde.
Les musiciens de rock me font toujours peur quand ils vieillissent et commencent à parler comme des paranoïaques qui sentent une conspiration chaque fois qu’ils voient un chat noir.
Puis Kanye West est apparu.
Vous savez, dans mon enfance, les fous avaient au moins l’air fous. Cheveux ébouriffés, vieux manteau, pigeons, conversations avec des poubelles.
Ce type met simplement un masque noir et dit qu’il aime Hitler.
Et là j’ai compris : l’humanité a parcouru un long chemin — de “Plus jamais ça” à “Discutons des nuances”.
Et les politiciens ?
Les politiciens disent : “La situation est complexe.”
Non.
Complexe, c’est expliquer à une mère juive pourquoi vous n’êtes toujours pas marié à quarante ans.
Mais quand une foule crie “Mort aux sionistes” devant une synagogue — ce n’est pas de la complexité.
C’est un remake. En pire. Sans scénario original, mais avec un budget énorme pour les réseaux sociaux.
Et vous savez ce qui me fait vraiment peur ?
Pas les extrémistes. Aux extrémistes, je suis habitué. J’ai vécu à New York dans les années 70.
À l’époque, on considérait déjà comme radical quelqu’un qui ne faisait pas confiance à l’eau du robinet et lavait ses fruits avec du savon.
Ce qui me fait peur, c’est la vitesse à laquelle les gens ordinaires commencent à faire semblant qu’il ne se passe rien de particulier.
Les êtres humains s’habituent à tout.
Même quand on tire une petite fille juive par les cheveux ou qu’on aveugle un enfant avec des papillotes à coups de lumière stroboscopique.
On peut s’habituer à tout.
À la guerre. À la haine. Au fait qu’un café coûte neuf dollars.
Ce dernier point, d’ailleurs, est particulièrement difficile.
La nuit, j’étais allongé dans mon lit et je pensais : peut-être qu’il ne faut tout simplement pas laisser du temps libre à l’humanité.
Parce que dès que les gens s’ennuient, soit ils commencent à vouloir sauver le monde, soit à s’entretuer, soit à enregistrer des podcasts sur les bienfaits de la guerre pour la santé.
Et malgré tout…
Si demain quelqu’un défile devant une synagogue en criant à la mort des sionistes — je sortirai.
Pas parce que je suis courageux. Je suis le type qui s’est évanoui lors d’une prise de sang.
Mais parce que les Juifs ont trop souvent espéré que la folie disparaîtrait d’elle-même.
Elle ne disparaît jamais.
Elle met simplement un costume, va à l’université et ouvre un compte TikTok.
Mais bon… d’abord je vais manger mon saumon.
Je ne veux pas mourir le ventre vide.
Ma mère juive n’aurait jamais approuvé une chose pareille. »
Qui a réellement écrit ce texte ?
Contrairement à ce que laisse entendre son attribution devenue virale, ce texte n’a pas été écrit par Woody Allen. Son véritable auteur est Rami Yudovin, qui l’a publié en russe le 14 mai 2026 sous la forme d’un pastiche assumé.
Le principe était précisément d’imaginer ce que Woody Allen pourrait dire de l’antisémitisme contemporain en reprenant certains de ses thèmes favoris : New York, la psychanalyse, la mort, les mères juives, l’angoisse et l’autodérision. Dans son contexte d’origine, il s’agissait donc d’un exercice littéraire et humoristique, et non d’une véritable déclaration du cinéaste.
Comment ce pastiche est devenu un faux texte de Woody Allen
Tout a changé lorsque le texte a commencé à circuler hors de son contexte initial. Traduit, copié et partagé sur les réseaux sociaux, il a progressivement perdu les indications permettant de comprendre qu’il s’agissait d’un pastiche.
Une simple formule — « Woody Allen sur la haine des Juifs aujourd’hui » — a suffi à transformer une imitation littéraire en prétendue tribune authentique.
C’est l’un des mécanismes classiques de la désinformation sur les réseaux sociaux : à chaque partage, la source disparaît un peu plus tandis que l’attribution, elle, devient de plus en plus catégorique. Un texte vraisemblable finit ainsi par être considéré comme vrai simplement parce qu’il correspond parfaitement à l’image que le public se fait de son auteur supposé.
Pourquoi tant de lecteurs ont cru à Woody Allen
Le succès de la supercherie tient d’abord à la qualité du pastiche. Tous les ingrédients associés à l’univers de Woody Allen sont présents : Manhattan, les psychiatres, la peur de mourir, les relations amoureuses, l’identité juive et cet humour anxieux qui transforme les sujets les plus graves en traits d’autodérision.
Les formules sont également construites pour sembler immédiatement « alleniennes ». L’antisémitisme y côtoie une plaisanterie sur le saumon, les pogroms une remarque sur Starbucks, et la montée de la haine une réflexion absurde sur le prix du café.
C’est précisément cette vraisemblance qui explique sa diffusion spectaculaire. Le lecteur ne se demande plus : « Woody Allen a-t-il vraiment écrit cela ? » Il se dit : « C’est tellement Woody Allen. »
Et c’est ainsi qu’un pastiche peut, en quelques jours, devenir une fausse citation mondiale.
Un texte si crédible que des milliers de lecteurs y ont cru
Le texte commence par une plaisanterie sur New York, les névrosés et les psychiatres, avant d’enchaîner sur Brooklyn, les manifestations devant les synagogues, l’antisionisme, les universités américaines ou encore la résurgence de l’antisémitisme.
Le ton est suffisamment proche de l’univers de Woody Allen pour rendre l’attribution crédible. Les réseaux sociaux ont fait le reste : partagé sans son contexte d’origine, le texte est progressivement devenu une prétendue tribune du réalisateur.
Qui a réellement écrit ce faux texte de Woody Allen ?
L’auteur est Rami Yudovin, qui a publié en russe, le 14 mai 2026, un texte construit comme une fausse lettre de Woody Allen.
Il ne s’agissait donc pas à l’origine d’une tentative de tromper le lecteur, mais d’un pastiche : un texte volontairement écrit à la manière d’un auteur ou d’une personnalité célèbre.
Yudovin reprend les codes associés à Woody Allen — Manhattan, les mères juives, la mort, les psychiatres, les relations amoureuses et l’autodérision — pour traiter avec humour noir de la montée de l’antisémitisme contemporain.
Comment un pastiche est devenu une fausse citation
En quittant son contexte original et en étant traduit puis partagé sur Facebook, X et d’autres réseaux sociaux, une information essentielle a disparu : le texte était une imitation littéraire.
Le titre s’est alors transformé en « Woody Allen sur la haine des Juifs aujourd’hui » et le pastiche a commencé à circuler comme une véritable prise de parole du cinéaste.
C’est précisément ce qui rend cette histoire intéressante : un faux peut devenir crédible non parce qu’il est grossier, mais parce qu’il ressemble trop bien à ce que son auteur supposé aurait pu écrire.
Un faux Woody Allen, mais un vrai phénomène viral
Le texte n’est donc pas une déclaration authentique de Woody Allen. Il reste néanmoins révélateur de notre époque : quelques captures d’écran, une attribution convaincante et des milliers de partages suffisent désormais à transformer une fiction assumée en « citation » historique.
Et peut-être est-ce finalement le meilleur compliment que l’on puisse faire à ce pastiche : il ressemble tellement à Woody Allen que presque tout le monde a voulu y croire.

