La chévirat ha-kélim (שבירת הכלים, « brisure des vases » ou « rupture des récipients ») est un concept central de la Kabbale lurianique, développé par Isaac Luria au XVIe siècle à Safed. Après le tzimtzoum (retrait de l’Infini pour créer un espace vide), une lumière divine (kav) descend dans les dix Séphiroth, conçues comme des « vases » destinés à la contenir et à la structurer. Ces vases, particulièrement ceux du monde primordial de Tohou (chaos), s’avèrent trop fragiles. Incapables de supporter l’intensité de cette lumière, sept des dix vases (principalement de Chesed à Yesod) se brisent. Cette catastrophe cosmique provoque la chute des fragments (kelipot) et la dispersion de nitzotzot (étincelles divines) dans les mondes inférieurs. Ces étincelles se retrouvent prisonnières des « écorces » (forces du mal et de l’impureté). La brisure explique ainsi l’origine du mal, du désordre, de la multiplicité et de l’exil au sein même de la création.
La shévirat ha-kélim n’est pas une simple erreur, mais un moment nécessaire du processus divin. Elle ouvre la voie au tikkoun (réparation), tâche confiée à l’humanité : par les mitzvot, la prière et les intentions pures, chaque juif peut élever les étincelles, restaurer l’harmonie et contribuer à l’unification du divin.
Ce mythe transforme la mystique juive en une théologie active où l’homme devient partenaire de Dieu dans la guérison du monde brisé.
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