Jeûne de Yom Kippour : pourquoi jeûne-t-on, quel sens et quelles règles ?

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Shofar de Yom Kippour image ©Roman Ziomka by Pexels

Chaque année, le dixième jour du mois de Tichri, des millions de Juifs, pratiquants ou non, s’abstiennent de manger et de boire pendant environ vingt-cinq heures. Yom Kippour, le « Jour du Grand Pardon », est le seul jeûne d’origine biblique que la tradition juive impose à tous. D’où vient cette obligation, et que signifie-t-elle ?Commandement de la Torah, temps d’introspection, exigence de réconciliation avec autrui : voici pourquoi ce jeûne est le plus solennel du calendrier juif.

Yom Kippour, commandement explicite de la Torah

Le jeûne de Yom Kippour repose sur un verset précis du Lévitique : « Ce sera pour vous une loi perpétuelle : au septième mois, le dixième jour du mois, vous affligerez vos âmes » (Lévitique 16:29). Le texte poursuit : « Car en ce jour on fera expiation pour vous afin de vous purifier » (16:30). Le chapitre 23 précise que ce jour est un shabbat solennel, à observer « depuis le soir jusqu’au soir » (Lévitique 23:27-32), et le livre des Nombres le confirme (Nombres 29:7).

La Torah est même sévère :

…toute personne qui ne « s’afflige » pas ce jour-là « sera retranchée de son peuple » (Lévitique 23:29).

Le jeûne n’est donc pas une coutume facultative, mais le cœur de la célébration.

Ce que le Talmud entend par « affliger son âme »

La Torah ne détaille pas en quoi consiste cette « affliction ». C’est la tradition orale qui le précise. La Mishna (Yoma 8:1) énumère cinq interdits : manger et boire, se laver, s’oindre, porter des chaussures de cuir et avoir des relations conjugales. Le Talmud (Yoma 74a-b) rattache l’affliction principale à la privation de nourriture et de boisson. Le Choulhan Aroukh (Orah ‘Haïm, 611) codifie ces règles.

Ces cinq abstentions ont un point commun : elles suspendent les besoins et les conforts du corps pour recentrer l’attention sur l’essentiel.

Le sens du jeûne : expiation et retour sur soi

Plusieurs lectures complémentaires expliquent pourquoi le jeûne accompagne le pardon.

Se détacher du matériel. Maïmonide présente le jeûne comme un moyen de briser l’emprise du désir. En s’abstenant de ce qui est vital, on constate que l’être humain ne se réduit pas à ses besoins physiques (Michné Torah, Lois du repos de Yom Kippour ; Guide des égarés, III, 43).

Une vie « angélique ». Une image talmudique et midrashique compare l’homme au jeûne à un ange : ni manger, ni boire, vêtu de blanc, debout en prière. Le vêtement blanc traditionnel, le kittel, prolonge cette symbolique de pureté.

Un moment de vérité. Sans les distractions du quotidien, chacun est invité à la téchouva, le « retour » : reconnaître ses fautes, les regretter, s’engager à changer. Le jeûne n’est pas une punition, mais un cadre qui favorise cette introspection.

Un jeûne qui engage aussi les relations humaines

Le jeûne ne suffit pas à lui seul. Le prophète Isaïe, lu le matin de Yom Kippour, interroge : le vrai jeûne consiste-t-il à courber la tête, ou à « rompre ton pain avec l’affamé » et à libérer l’opprimé (Isaïe 58:5-7) ? Le livre de Jonas, lu l’après-midi, montre que Ninive est épargnée parce que ses habitants renoncent à leur violence, et pas seulement parce qu’ils jeûnent (Jonas 3:5-10).

La Mishna tranche : Yom Kippour expie les fautes envers Dieu, mais pas celles envers autrui tant qu’on n’a pas apaisé la personne lésée (Yoma 8:9). C’est pourquoi il est d’usage de demander pardon à ses proches avant le jeûne.

Qui doit jeûner ? Les exceptions prévues par la loi juive

Le jeûne n’est jamais exigé au détriment de la vie. Le principe du pikou’ah nefech (sauvegarde de la vie) l’emporte sur presque toutes les prescriptions (Yoma 82a-85b). Sont dispensés ou soumis à des règles particulières :

  • les malades et les personnes dont la santé serait mise en danger, sur avis médical (Mishna Yoma 8:5-6 ; Choulhan Aroukh, Orah ‘Haïm 617) ;
  • les femmes enceintes ou venant d’accoucher, selon les circonstances ;
  • les enfants, qui ne jeûnent pas avant l’âge de la majorité religieuse (12 ans pour les filles, 13 ans pour les garçons), même s’ils sont progressivement entraînés (Yoma 82a).

En cas de doute, la consultation d’un médecin et d’un rabbin est recommandée.

Ce que le jeûne nous enseigne

On jeûne à Yom Kippour pour trois raisons liées : parce que la Torah l’ordonne, parce que la privation physique ouvre un espace de réflexion et de repentir, et parce que ce jour rappelle que le pardon demande un effort réel, envers Dieu comme envers les autres. Un jeûne bien compris ne se mesure pas à la faim endurée, mais à la transformation qu’il inspire.

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